Soeur Jamin (Cameroun)

 Le CAMEROUN est un pays en voie de développement d’une superficie de 475.000km2, une population d’environ 13 millions d’habitants.  Seul pays de l’ancien empire colonial français à avoir accédé à l’indépendance, en 1960,  dans la violence qui est restée plus ou moins latente depuis.  La crise politico-économique révèle la permanence des rivalités ethno régionales.  Plus de 100 ethnies réparties en une demi-douzaine de grands groupes ethnolinguistiques.

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Notre action a été concentrée depuis 1977 à SDOKODE pour soutenir la création et le développement d’une équipe d’animation rurale.  Régulièrement, chaque année notre aide financière a permis d’apporter matériels et équipements. En 1982 un missionnaire travaillant sur place est venu en Bretagne remercier la population de  Rostrenen pour l’aide apportée à ce projet. Parfois, comme en 1985 il a fallu, dans l’urgence, subvenir au paiement du salaire de l’équipe de vulgarisation agricole car c’était la condition de sa pérennité.  Le programme a pu être élargi à la formation d’aides ménagères en 1986, aux techniques de dispensaire en 1987. A partir de  1989 ces techniques d’aide ménagère et dispensaire étaient appliquées à l’orphelinat et à la léproserie.

Nous obtenons, parfois, des circuits d’échange très directs avec ces « chantiers » comme à YAOUNDE où notre compatriote Guy TREBUIL de Corlay a travaillé  et nous a fait connaître le projet de développement et vulgarisation rurale agricole auquel nous avons pu nous associer

En 1990 nous avons pu acheter une moto pour une infirmière lui permettant ainsi  d’apporter ses soins aux mamans er enfants qui ne peuvent se déplacer…..

«Les écoles de LARA comportent 792 élèves répartis en 17 classes. Nos effectifs ont baissé – pas catastrophique- mais faute d’argent et découragés de voir leurs jeunes diplômés, bacheliers, licenciés, sans travail…certains parents calent devant l’effort  pour continuer la scolarisation des plus jeunes, ce qui deviendra vite un désastre ! Comment voulez-vous développer un village, un canton, un pays avec des analphabètes ? Les aides internationales FMI, CFD, ont oublié de faire la part de l’Education et de la santé. On meurt au Cameroun et même à LARA parce que l’argent manque. Des enfants de 8 à 10 ans trainent au village, ils ont fait un CP, un CE1, un CE2, CM….mais le père ou la mère n’a plus d’argent ,« ils disent que mon frère est chômeur avec le bac… »

    …..dans une autre lettre…..

    «…. votre don a été versé au Comité d’entraide section « école ». On y puisera une aide pour les scolarités d’enfants de parents démunis : je pense en particulier aux enfants des prisonniers politiques.  Ceux-ci pourrissent dans la prison de Yaoundé depuis le putsch manqué d’avril 84. Plusieurs sont morts.  On ne devrait pas le savoir ! D’autres sont aveugles ! (comment le savez-vous ?). La liste  de ces condamnés   (CHUT !!!!) à 2 ans, 5 ans,  10 ou 15 ans de prison n’a jamais paru nulle part. Mais j’en connais 14 originaires de LARA, la plupart anciens élèves des écoles de Lara, leurs femmes sont au village avec les enfants.  L’une d’elles (4 enfants de 6 à 13 ans) est en soin pour un cancer du sein. Elle, il faudra aussi l’aider à payer son traitement, sa famille et celle de son mari n’ont pas beaucoup de ressources. La couverture sociale n’existe pas ici.  On nous disait, il y a quelques mois « les malades pauvres ne peuvent plus se soigner », nous le constatons de plus en plus mais l’entraide familiale joue malgré les limites inhérentes  à la mévente des produits agricoles.

    Mais il y a aussi la situation sanitaire……

    Ici la pénurie de médicaments est épouvantable. Le responsable d’un dispensaire officiel me disait l’autre jour « je n’ai plus rien, je délivre des ordonnances et les clients vont  chercher les médicaments très loin ». On peut chercher certains produits à 50, 100, voire 200 kms. A LARA on a des malades qui viennent de KAELE où il y a un hôpital départemental et de beaucoup plus loin. Chaque colis d’échantillons qui arrive est une bénédiction. Vous pouvez-dire ça  à vos pharmaciens et médecins. »

    ….un autre courrier de Sœur Nathalie JAMIN…..

    « Nous avons bien reçu, au dernier courrier, votre chèque, nous vous en remercions de tout cœur….la semaine qui vient, nous réfléchirons avec nos Maîtres comment gérer au mieux notre « capital ». On sait qu’on ne peut pas compter sur les subventions de l’Etat pour la paye des Maîtres, le Ministre de l’éducation nationale  a reconnu publiquement que l’Etat doit 4 milliards de FCFA à l’enseignement catholique….là, chacun se croit quitte quand il a dit « oui, je sais que je vous dois tant, 500, 1000… ».Et on n’en parle plus !         

    Les derniers jours nous avons sorti 300.000 CFA de notre caisse d’entraide pour acheter un sac de mil pour chaque famille de Maître. Ils ont des champs et ont cultivé en saison des pluies mais ils n’ont pas récolté des quantités suffisantes pour les besoins de leur famille.

    Les Maîtres et les élèves sont régulièrement au travail mais un peu partout il y a baisse des effectifs dans le public comme dans le privé. Ce n’est pas que le nombre d’enfants d’âge scolaire diminue mais comme aucune école n’est gratuite certains parents déclarent forfait. Le revenu des foyers ruraux a chuté de 50 à 60% ces dernières années. Plus de 80% des gens de LARA sont en  dessous du seuil de pauvreté. Toutes les catégories sont atteintes. Et c’est à des degrés divers la situation de tout le Cameroun. Principale cause de la crise : la faiblesse  de la gestion des pouvoirs publics et la corruption généralisée. Tout le monde sait que l’explosion sociale ne saurait tarder mais on le dit     depuis 2 ans au moins. Il paraît que les ouvriers de la canne à sucre de  MBANJOCK (au nord  de Yaoundé) ont mis le feu aux plantations (parce qu’ils  ne sont pas payés). Certains  quartiers des villes et les routes vers les frontières deviennent dangereux. Ici nous ne connaissons  encore que de petits chapardeurs. On vient d’en conduire 4 ou 5  à la brigade de  KAELE pour vols répétés sur plusieurs années, pourvu que les gendarmes ne tapent pas trop fort ! C’est le pays ! »